Un reve
«Quel don lui faire au déclin de l’année?Le vent d’hiver a brûlé le gazon,La fleur n’est plus et la feuille est fanée,Rien de vivant dans la morte saison…»
Et consultant d’une main bien-aiméeDe votre herbier maint doux et cher feuillet,Vous réveillez dans sa couche embauméeTout un Passé d’amour qui sommeillait…
Tout un Passé de jeunesse et de vie,Tout un Passé qui ne peut s’oublier…Et dont la cendre un moment recueillieReluit encore dans ce fidèle herbier…
Vous y cherchez quelque débris de tige —Et tout à coup vous y trouvez deux fleurs…Et dans ma main par un secret prodigeVous les voyez reprendre leurs couleurs.
C’étaient deux fleurs: l’une et l’autre était belle,D’un rouge vif, d’un éclat peu commun…La rose brille et l’oeillet étincelle,Tous deux baignés de flamme et de parfum…
Et maintenant de ce mystère étrangeVous voudriez reconnaître le sens…Pourquoi faut-il vous l’expliquer, cher ange?..Vous insistez. Eh bien soit, j’y consens.
Lorsqu’une fleur, ce frêle et doux prestige,Perd ses couleurs, languit et se flétrit,Que du brasier on approche sa tige,La pauvre fleur aussitôt refleurit…
Et c’est ainsi que toujours s’accomplissentAu jour fatal et rêves et destins…Quand dans nos cœurs les souvenirs pâlissent.La Mort les fait refleurir dans ses mains…
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